IA et emploi en PME : automatiser sans couper de postes
L’IA va-t-elle remplacer des emplois dans votre PME? Ce que disent les données de Statistique Canada, et comment réinvestir les heures libérées.
Alexandre Sauvageau, cofondateur de Cogio

La réponse courte
L’IA va-t-elle supprimer des emplois dans votre PME? Les données canadiennes disent que, jusqu’ici, très peu. Au deuxième trimestre de 2025, parmi les entreprises qui avaient utilisé l’IA, 89,4 % n’avaient signalé aucun changement de leur niveau d’emploi, selon Statistique Canada. Ce qui change, ce sont les tâches : l’IA prend la saisie, les relances et la compilation, et libère des heures.
La question utile n’est donc pas « combien de postes l’IA va-t-elle couper? », mais « que ferons-nous des heures qu’elle libère? ». Cette décision appartient à la direction, et elle se prend avant le projet, pas après.
Ce que disent les données
Statistique Canada interroge les entreprises sur l’effet de l’IA depuis 2024. Voici les résultats publiés pour le deuxième trimestre de 2025, parmi les entreprises qui avaient utilisé l’IA au cours des 12 mois précédents.
| Effet sur le nombre total d’employés | 2024 | 2025 |
|---|---|---|
| Aucun changement | 84,9 % | 89,4 % |
| Diminution | 6,3 % | 6,3 % |
| Hausse | 8,8 % | 4,3 % |
Les tâches changent, les équipes restent
Le même relevé mesure l’effet sur les tâches auparavant effectuées par les employés. En 2025, 47,2 % des entreprises utilisatrices parlaient d’une réduction faible, 32,4 % d’une réduction moyenne et 5,3 % d’une réduction importante, tandis que 15,1 % n’observaient aucune réduction. Au Québec, l’Institut de la statistique du Québec rapporte que 37,7 % des entreprises déclarent que l’IA a réduit ces tâches dans une mesure modérée ou large.
Ces chiffres ont leurs limites. Ils portent sur les 12 mois précédant l’enquête, à un moment où la plupart des entreprises n’en sont qu’à leurs premiers usages. Ils reposent aussi sur la déclaration des entreprises, pas sur des registres de paie. Personne ne peut affirmer que la tendance tiendra quand les agents prendront en charge des processus complets. Ce que l’on peut dire, c’est que la décision ne se prend pas toute seule : une entreprise qui automatise choisit ce qu’elle fait des heures libérées.
Autrement dit, l’IA grignote le travail répétitif sans faire disparaître les postes. C’est cohérent avec ce que nous observons sur le terrain : un agent qui saisit les factures retire la saisie, pas la personne qui comprend les fournisseurs, les projets et les exceptions.
Trois façons de réinvestir les heures libérées
Une fois les tâches automatisées, la direction a trois options. Elles ne s’excluent pas.
- Vendre plus. Les heures servent à prospecter, à envoyer plus de soumissions et à les suivre. C’est le choix le plus rentable quand la demande existe.
- Servir mieux. Les heures servent à la relation client : appels de suivi, visites, réponses plus rapides. La fidélité se construit là.
- Absorber la croissance sans embaucher dans l’urgence. Quand le recrutement est difficile, l’IA permet de prendre plus de contrats avec la même équipe et d’attendre la bonne embauche.
L’exemple des Industries Romy
Les Industries Romy, fabricant de structures d’acier de Granby, faisait face à la baisse des commandes causée par les droits de douane américains. Il fallait prospecter, mais les trois chargés de projets passaient leurs semaines dans les factures, les relances et la coordination.
Selon l’estimation de la direction, les agents IA libèrent maintenant 152 heures par semaine, dont 109,2 heures pour les chargés de projets, qui sont passés de 120 à 10,8 heures de travail administratif. Aucun poste n’a été supprimé. Les chargés de projets réinvestissent ces heures dans la relation client, et le propriétaire dit envoyer environ deux à trois fois plus de soumissions. Le dessinateur, libéré de la production des planches qu’il révise maintenant, consacre 80 % de son temps à la gestion de projets.
Ces chiffres sont des estimations de la direction, pas encore mesurées sur une année complète. Le détail est dans l’étude de cas Romy et dans notre article sur les heures libérées.
Ce qui reste humain, et pourquoi c’est voulu
Dans un projet bien mené, la part humaine n’est pas un reste : elle est conçue. Un prix, un délai, un engagement envers un client ou un paiement au-delà d’un seuil passe toujours par une personne. Un courriel au client est déposé en brouillon. Le dessinateur approuve chaque planche avant qu’elle parte à l’atelier.
Ce partage déplace le travail vers ce qui exige du jugement : comprendre ce que le client veut vraiment, repérer l’exception que les règles n’avaient pas prévue, négocier. Ce sont aussi les tâches que les employés trouvent les plus intéressantes. Un projet d’IA qui promet zéro heure humaine promet en réalité qu’il n’y aura plus personne pour vérifier.
Écrire les règles du jeu
Une politique d’utilisation de l’IA met par écrit ce que l’IA peut faire, ce qu’elle ne fait jamais seule et quelles données elle peut lire. Côté Loi 25, notre accompagnement couvre l’évaluation des facteurs relatifs à la vie privée. Et quand les agents tournent en IA souveraine, sur un serveur chez vous, les données des employés et des clients restent dans l’entreprise.
Pour aller plus loin, notre guide pour intégrer l’IA en entreprise décrit la marche à suivre, et nos pages manufacturiers, avocats, santé et immobilier montrent les usages par secteur. Si votre ERP est branché à Business Central ou à Acumatica, les agents s’y raccordent directement. Découvrez notre démarche.
Questions fréquentes
L’IA va-t-elle remplacer des emplois dans les PME?
Jusqu’ici, peu. Selon Statistique Canada, 89,4 % des entreprises canadiennes qui utilisaient l’IA en 2025 n’avaient signalé aucun changement de leur niveau d’emploi. L’IA remplace surtout des tâches répétitives.
Quels emplois sont les plus touchés par l’IA en PME?
Les postes dont une grande part du temps va à la saisie, aux relances et à la compilation : comptabilité, administration, coordination de projets. Ces postes évoluent vers la vérification, la relation client et la gestion.
Que faire des heures libérées par l’IA?
Les réinvestir dans la vente, le service à la clientèle ou la croissance. Chez Les Industries Romy, les chargés de projets les consacrent à la relation client et l’entreprise envoie plus de soumissions.
Comment présenter un projet d’IA aux employés?
En annonçant dès le départ que le projet vise des tâches et non des postes, en associant les personnes qui font le travail et en leur confiant l’approbation du travail de l’agent.
La formation des employés à l’IA est-elle subventionnée?
Oui. Au Québec, la Mesure de formation de la main-d’œuvre (MFOR) de Services Québec peut financer la formation jusqu’à 75 % des coûts admissibles, selon l’admissibilité de l’entreprise.
Sources et références
- Statistique Canada, Analyse de l’utilisation de l’intelligence artificielle par les entreprises au Canada, deuxième trimestre de 2025 (16 juin 2025)
- Statistique Canada, Analyse de l’utilisation de l’intelligence artificielle par les entreprises au Canada, deuxième trimestre de 2026 (11 juin 2026)
- Institut de la statistique du Québec, Adoption et utilisation de l’intelligence artificielle par les entreprises au Québec en 2024 et en 2025 (28 novembre 2025)
- Étude de cas Les Industries Romy, Cogio
Cet article est une synthèse de vulgarisation, à jour à la date indiquée. Il ne constitue pas un avis juridique, fiscal ou financier : pour votre situation particulière, consultez un professionnel qualifié.
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