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Stratégie8 min de lecture

Combien d’heures l’IA libère-t-elle vraiment dans une PME? Le cas d’un fabricant de Granby

Dessin, gestion de projet, comptabilité : le décompte poste par poste des heures que l’IA libère chez Les Industries Romy, selon l’estimation de la direction.

, cofondateur de Cogio
, mis à jour le 30 octobre 2026

Fraise d’une machine à commande numérique taillant un bloc d’aluminium
Photo : Daniel Smyth, Pexels

Une question souvent mal posée

« Combien d’heures l’IA va-t-elle me faire gagner? » La question est légitime, et la plupart des réponses qu’on lui donne sont inutiles. Un pourcentage moyen tiré d’une étude internationale ne dit rien de votre atelier, de vos soumissions ni de votre comptable.

La seule réponse honnête se construit poste par poste : quelles tâches occupent chaque personne, combien d’heures par semaine, et lesquelles peuvent être confiées en tout ou en partie à un agent. C’est l’exercice qu’a fait la direction des Industries Romy, et c’est ce décompte que nous présentons ici, tel qu’il figure dans l’étude de cas.

L’entreprise et son point de départ

Les Industries Romy fabriquent et installent des structures d’acier pour l’industrie lourde, le secteur industriel et la construction. Comme bien des PME manufacturières, l’entreprise reposait sur quelques personnes clés : le chiffrage, le suivi de projet et la comptabilité passaient par elles, et l’information dormait dans les courriels et les dossiers réseau.

L’arrivée des droits de douane américains a changé l’équation. Les demandes des clients réguliers ont baissé et il fallait prospecter. Or les trois chargés de projets n’avaient pas de temps pour le faire : leurs semaines passaient dans les factures fournisseurs saisies à la main, les relances, la coordination et des outils internes qui ne communiquaient pas entre eux.

Le décompte, poste par poste

Voici les heures hebdomadaires consacrées aux tâches visées, avant et après la mise en place des agents, selon l’estimation de la direction.

152 h

libérées par semaine, selon l’estimation de la direction

7 914 h

libérées par année

395 720 $

valeur des heures libérées par année, à 50 $ l’heure

Heures par semaine sur les tâches visées, selon l’estimation de la direction des Industries Romy
Dessinateur140 h8 h32 h
Chargés de projets3120 h10,8 h109,2 h
Comptabilité112 h1 h11 h
Total5172 h19,8 h152 h (arrondi)

Ce qui a changé concrètement

Le dessinateur. Un agent lit les croquis et prépare les dessins d’atelier en DXF, avec leurs versions archivées. Le dessinateur ne produit plus les planches : il les révise, les ajuste et les approuve. Rien ne part en fabrication sans lui. Selon l’étude de cas, il est maintenant libéré pour gérer des projets à 80 % de son temps.

Les chargés de projets. Le suivi des dossiers, les relances, la préparation des soumissions, la coordination et les comptes rendus s’automatisent. La relation client et le jugement, eux, restent humains, et c’est là que les trois chargés de projets réinvestissent leurs heures. Le propriétaire dit envoyer environ deux à trois fois plus de soumissions. Nous détaillons ce volet dans notre article sur les soumissions en construction.

Le tableau montre où se concentre le gain : sur les 152 heures hebdomadaires, 109,2 viennent des chargés de projets, soit environ sept heures sur dix. Ce n’est pas un hasard. Leur travail administratif était le plus fragmenté (un suivi ici, une relance là, un compte rendu à rédiger entre deux appels), et c’est exactement le genre de travail qu’un agent fait bien, parce qu’il ne se lasse pas de vérifier chaque dossier chaque matin. À l’inverse, la comptabilité ne pesait que 12 heures par semaine : le gain y est réel, mais modeste en valeur absolue.

La comptabilité. La saisie des factures disparaît. L’agent lit celles qui arrivent par courriel, les rattache au bon projet et les prépare pour le logiciel comptable. La comptabilité valide plutôt que de saisir, et le coût de revient d’un projet se construit au fil de l’eau plutôt qu’en fin de mois.

Comment lire ces chiffres

Trois précautions s’imposent, et nous les répétons chaque fois que nous citons ce cas.

  • Ce sont des estimations. Les heures avant et après proviennent de la direction des Industries Romy, qui observe ses propres équipes. Elles n’ont pas encore été mesurées sur une année complète. Les 7 914 heures annuelles sont une projection des 152 heures hebdomadaires, pas un relevé.
  • L’économie salariale est une valeur du temps, pas une dépense retranchée. Aucun poste n’a été supprimé. Les 395 720 $ représentent la valeur des heures libérées, que l’entreprise réinvestit dans la prospection et la réalisation de contrats.
  • Les heures « avant » portent sur les tâches visées. Pour le dessinateur (40 h) et les trois chargés de projets (120 h), elles équivalent à des semaines entières : le dessin d’atelier, le suivi des dossiers et la préparation des soumissions étaient l’essentiel de leur travail. Ce sont ces tâches que les agents prennent en charge.

Ce qui ne s’automatise pas

La part qui reste humaine n’est pas un résidu : elle est voulue. Un prix, un délai ou un engagement envers un client est toujours approuvé par une personne. Un courriel au client est déposé en brouillon, une facture exige le montant avant taxes, et la direction fixe les niveaux d’autonomie et le seuil en dollars au-delà duquel un agent doit attendre une approbation.

C’est aussi ce qui explique les heures résiduelles du tableau. Les 10,8 heures hebdomadaires des chargés de projets et l’heure de la comptabilité correspondent pour l’essentiel à de la révision et de l’approbation. Un projet d’IA qui promet zéro heure résiduelle promet en réalité qu’il n’y aura plus personne pour vérifier.

Faire le calcul chez vous

La méthode est reproductible. Pour chaque poste, notez les tâches répétitives, les heures qu’elles occupent par semaine et la part qu’un agent pourrait préparer. Mesurez ensuite pendant deux semaines avant de déployer quoi que ce soit : sans point de départ, il n’y a pas de gain mesurable. Notre article sur la mesure du rendement d’un assistant IA détaille la démarche.

Tout ce système tourne sur le serveur de l’entreprise, branché à son logiciel comptable, à sa messagerie et à ses dossiers : une IA souveraine, sans données de clients qui sortent de l’atelier. Pour voir ce que la même approche donnerait dans votre usine, consultez notre page manufacturiers ou écrivez-nous.

Questions fréquentes

Les 152 heures par semaine ont-elles été mesurées?

Non. Ce sont des estimations de la direction des Industries Romy, fondées sur l’observation de ses équipes. Elles n’ont pas encore été mesurées sur une année complète.

Des postes ont-ils été supprimés?

Non. Le temps libéré sert à réaliser plus de contrats et à prospecter. Le dessinateur, par exemple, consacre maintenant 80 % de son temps à la gestion de projets.

D’où viennent les 395 720 $?

C’est la valeur salariale annuelle des 7 914 heures libérées, selon l’estimation de la direction. Il s’agit d’une valeur du temps réinvesti, pas d’une baisse de la masse salariale.

Une autre PME peut-elle s’attendre aux mêmes résultats?

Pas automatiquement. Le gain dépend des tâches, des volumes et de l’état des données de chaque entreprise. Chaque gain se mesure chez le client, avant et après.

Les données de l’entreprise quittent-elles l’atelier?

Non. Le système est installé sur le serveur de l’entreprise et l’écriture comptable passe par l’API du logiciel comptable. Aucune donnée de client ne sort.

Sources et références

Cet article est une synthèse de vulgarisation, à jour à la date indiquée. Il ne constitue pas un avis juridique, fiscal ou financier : pour votre situation particulière, consultez un professionnel qualifié.