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Souveraineté8 min de lecture

Hébergement de données au Canada : comment vérifier qu’un fournisseur est vraiment souverain

Un centre de données à Montréal ne garantit rien si son propriétaire relève d’un droit étranger. Dix vérifications avant de choisir un hébergeur.

, cofondateur de Cogio

Allée de baies de serveurs dans un centre de données
Photo : Brett Sayles, Pexels

Le mot « souverain » ne prouve rien

« Données hébergées au Canada. » La mention figure sur les sites de presque tous les fournisseurs infonuagiques, y compris les plus grands. Elle est exacte et elle ne répond pas à la bonne question. Savoir où se trouvent les serveurs, c’est connaître la résidence des données. Savoir quel droit s’applique à celui qui les contrôle, c’est connaître leur souveraineté.

Le gouvernement du Canada fait la même distinction dans son livre blanc sur la souveraineté des données et l’infonuagique publique. Il y écrit que tant qu’un fournisseur de services infonuagiques exploité au Canada est assujetti aux lois d’un pays étranger, le Canada n’aura pas pleine souveraineté sur ses données, et que la résidence des données ne protège pas contre l’application de lois étrangères, peu importe où se trouvent physiquement les ressources.

Un document plus récent, préparé pour le Conseil du Trésor et rapporté par La Presse Canadienne en novembre 2025, va dans le même sens : stocker des données au Canada, ou même faire appel à un fournisseur canadien, ne garantit pas qu’un tribunal étranger n’aura pas compétence. D’où l’importance de vérifier plutôt que de se fier à une étiquette.

Un aveu qui a fait date

Le 10 juin 2025, devant une commission d’enquête du Sénat français sur la commande publique, le directeur juridique de Microsoft France, Anton Carniaux, s’est fait demander s’il pouvait garantir que les données de citoyens français hébergées par Microsoft ne seraient jamais transmises aux autorités américaines sans l’accord des autorités françaises. Il a répondu qu’il ne pouvait pas le garantir, tout en précisant, selon les comptes rendus publiés, qu’aucune demande de ce genre n’était survenue jusque-là.

Cette réponse ne dit rien de mal sur Microsoft : elle décrit honnêtement le droit américain. Notre article sur le CLOUD Act explique pourquoi une entreprise de propriété américaine doit remettre les données dont elle a la possession, la garde ou le contrôle, même stockées hors des États-Unis. Le livre blanc fédéral cite aussi la loi américaine sur la surveillance du renseignement étranger (FISA) comme principal risque.

Dix vérifications avant de signer

Voici la liste que nous utilisons pour évaluer un hébergeur. Aucune n’exige d’être juriste. Toutes exigent des réponses écrites.

  • 1. La société mère ultime. Remontez la chaîne de propriété jusqu’au bout. Une filiale canadienne d’une société américaine reste exposée au droit américain. Le registre des entreprises et les rapports annuels répondent souvent mieux que la page « À propos ».
  • 2. Le contrôle opérationnel. Qui administre les serveurs? Une filiale qui partage ses systèmes, sa direction ou ses équipes avec sa société mère étrangère reste sous son contrôle de fait.
  • 3. Les sous-traitants. Demandez la liste complète : sauvegardes, surveillance, réseau de diffusion, outils de billetterie. Un hébergeur canadien qui confie ses sauvegardes à un géant américain vous ramène au point de départ.
  • 4. L’accès du soutien technique. D’où le personnel de soutien peut-il accéder à vos données, et sous quelles conditions? Un soutien offert « de partout, 24 heures sur 24 » signifie souvent des équipes hors du pays.
  • 5. Les clés de chiffrement. Qui les détient? Si vous gérez vos propres clés, hors de la portée du fournisseur, une ordonnance qui le vise ne lui permet de remettre que des données illisibles.
  • 6. L’avis en cas de demande étrangère. Le contrat oblige-t-il le fournisseur à vous aviser de toute demande d’une autorité étrangère, dans la mesure où la loi le permet, et à la contester lorsqu’elle est contestable?
  • 7. Le rapport de transparence. Le fournisseur publie-t-il le nombre de demandes gouvernementales reçues et la suite qu’il y a donnée?
  • 8. Les certifications. Une attestation ISO 27001 ou un rapport SOC 2 Type II prouvent une discipline de sécurité. Ils ne prouvent rien sur la juridiction : ce sont deux questions distinctes.
  • 9. La réversibilité. Dans quel format récupérez-vous vos données en fin de contrat, dans quel délai, et la suppression est-elle attestée par écrit?
  • 10. Les engagements sur l’IA. Si l’hébergeur offre aussi des modèles d’IA, vos requêtes servent-elles à l’entraînement? Sont-elles conservées? Par qui sont-elles traitées?

Ce que la Loi 25 exige de votre côté

Au Québec, ces vérifications ne sont pas qu’une bonne pratique. Avant de communiquer des renseignements personnels à l’extérieur du Québec, l’article 17 de la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé exige une évaluation qui tient compte notamment du régime juridique applicable dans l’État de destination, et la communication doit faire l’objet d’une entente écrite.

Les réponses aux dix questions ci-dessus constituent la matière première de cette évaluation, et de l’évaluation des facteurs relatifs à la vie privée exigée pour tout projet de système d’information qui traite des renseignements personnels. Un fournisseur incapable d’y répondre par écrit vous laisse avec un dossier de conformité vide.

Les paliers, du plus souverain au moins souverain

Une fois les réponses obtenues, le classement est simple. Le serveur dans vos locaux reste le niveau maximal. Vient ensuite l’hébergeur de propriété canadienne qui exploite ses propres centres au Québec, sans sous-traitant étranger dans la chaîne. Un hébergeur étranger non américain établi au Canada se situe un cran plus bas : hors de la juridiction américaine, mais aussi hors de la juridiction canadienne. La région canadienne d’un géant américain offre la résidence, pas la souveraineté.

Ce classement ne condamne aucun fournisseur. Pour des données peu sensibles, une région canadienne d’un grand fournisseur peut être un choix raisonnable et documenté. Pour des dossiers de patients, des secrets industriels ou des renseignements protégés par le secret professionnel, l’analyse change.

Notre approche chez Cogio

Nos agents IA sont hébergés chez le client ou dans sa région, chez un fournisseur dont nous avons vérifié la chaîne de propriété selon la liste ci-dessus. C’est ce que nous entendons par IA souveraine : un modèle et des données qui relèvent du droit que vous connaissez, et des réponses écrites pour le prouver.

Pour comprendre comment nous bâtissons ces architectures, consultez notre page d’accueil ou écrivez-nous avec la liste de vos fournisseurs actuels : nous vous dirons lesquels méritent une deuxième lecture.

Questions fréquentes

Un centre de données situé au Québec suffit-il pour être souverain?

Non. L’emplacement détermine la résidence des données. La souveraineté dépend de la juridiction du propriétaire qui les contrôle : une société de propriété étrangère peut être contrainte par le droit de son pays, peu importe où se trouvent ses serveurs.

Une filiale canadienne d’une entreprise américaine est-elle protégée?

Pas nécessairement. Si la société mère contrôle la filiale ou partage ses systèmes et ses équipes avec elle, les données peuvent être considérées sous son contrôle au sens du droit américain.

Le chiffrement règle-t-il le problème?

Il le réduit beaucoup si vous détenez vous-même les clés, hors de la portée du fournisseur. Si le fournisseur gère les clés, il peut être contraint de déchiffrer.

Une certification ISO 27001 garantit-elle la souveraineté?

Non. ISO 27001 et SOC 2 attestent des pratiques de sécurité, pas de la juridiction applicable au propriétaire. Il faut vérifier les deux.

La Loi 25 interdit-elle les fournisseurs américains?

Non. Elle exige une évaluation avant toute communication de renseignements personnels hors Québec et une entente écrite. L’exposition à un droit étranger doit figurer dans cette évaluation.

Sources et références

Cet article est une synthèse de vulgarisation, à jour à la date indiquée. Il ne constitue pas un avis juridique, fiscal ou financier : pour votre situation particulière, consultez un professionnel qualifié.